Tuer un être humain en invoquant le nom de Dieu est le pire des blasphèmes

Posté le 14 Novembre 2015
Tags : Paris, attentat, terreur, solidarité, courage, multinationales, inégalité



Je reprends en écho les mots du pape François, qui ne craint pas de défier la pieuvre mafieuse au péril de sa vie et qui proclame ce que tous les religieux, musulmans en particuliers, mais pas seulement, devraient en ces dies irae transmettre à leurs fidèles.

La réalité nous a rattrapés : la mort ne frappe plus à Beyrouth, dans le Sinaï ou à Jérusalem, mais potentiellement désormais à chaque coin de métro, à chaque terrasse, dans chaque bistro parisien.

L’escalade de la violence a changé de dimension. Meurtre de masse, sans distinction d’âge, de sexe ou de confession : les assassins commandités par l’EI ont tué de sang-froid, sans pitié aucune. Il y a désormais un avant et un après, comme le 11 septembre l’avait marqué pour les américains, qui ont, en la personne de Barack Obama, été les premiers à nous témoigner leur solidarité.

Le problème est de savoir si les français se rassembleront autour des valeurs démocratiques qui sont celles de leur patrie ou s’ils se cliveront en une défiance inter-communautaire comme le souhaitent vraisemblablement ceux qui tirent les ficelles… Le controversé « qui est Charlie ? » pose ces questions qui appuient où ça fait mal.

Avec l’EI, on est dans une pensée médiévale : chasse aux sorcières, exactions, exécutions publiques, torture systématisée. Le catholicisme a connu au moyen-âge cette pensée unique, reprise par Staline, Mao, Pol Pot. Le hic, c’est qu’on est au troisième millénaire : va-t-il être aussi sanglant et impitoyable que le vingtième siècle ? Il faut relire 1984, le règne du totalitarisme, de la désinformation érigée en principe absolu, le mépris du l’humain : Orwell y décrit la barbarie d’un monde où le futur se présente sous la forme d’une botte qui écrase un visage, sans fin.

Je crois que le monde occidental paye les crimes commis par la CIA depuis 50 ans, au bénéfice des multinationales. Les grandes puissances, dont la France qui reste un marchand d’armes, ont soutenu des régimes autocratiques, j’en ai été témoin en Afrique, au détriment de régimes plus égalitaires comme celui d’Allende au Chili. Les américains ont mis en place Pinochet, Bush a envahi l’Irak dont Jean Pierre Chevènement m’avait à juste titre fait remarquer que malgré Saddam Hussein, ce pays était, au Moyen-Orient, le seul à pouvoir évoluer vers une démocratie, une république non islamique. C’est désormais une zone de déstabilisation totale livrée en pâture aux multinationales.

Le monde n’a jamais été aussi inégalitaire depuis un siècle, avec une fraction (1 % voire 0,1%) qui accapare 20 à 30% des richesses mondiales, si ce n’est davantage (Les 85 familles les plus riches possèderaient l’équivalent de ce que possèdent les 3,5 milliards d'humains les plus pauvres).

Or le fondamentalisme se développe sur l’exploitation, la misère et l’ignorance, pour ne pas dire la bêtise. Comme en 14, ce n’est pas Nivelle qui monte au « casse-pipe ». Ce ne sont pas les chefs de l’EI qui se ceignent de ceintures d’explosifs. Comme dans 1984, ou dans « Equilibrium », les chefs manipulent les masses. Comment peut-on croire qu’un Dieu, créateur de toute chose, pourrait désirer le meurtre de sa créature ?

Couper la tête de l’EI, c’est lutter avec l’hydre de Lerne dont les têtes repoussaient doubles quand elles étaient tranchées. Hercule la vainquit en y mettant le feu.

Mais il faudra une génération ou plus pour supprimer le terreau du terrorisme. La disparition brutale d’un tyran amène immanquablement une période de chaos terrible, comme la terreur pendant la révolution. Celle de Tito a déchainé l’horreur dans les Balkans, celle de Khadafi a déstabilisé tout une partie de l’Afrique, entrainant l’intervention française au Mali et une partie de la vague immense de migration dont on connait les drames. C’est l’effet papillon : la photographie d’un petit noyé submerge le continent européen, et l’immolation d’une jeune tunisien déstabilise tout le Moyen-Orient. C’est pourquoi il faudrait se méfier d’une destitution prématurée d’Assad, sans réfléchir à qui prendra sa place. Une lutte non violente comme celle d’Aung San Suu Kyi a pris du temps, mais donne l’espoir d’une transition birmane qui ne sera pas noyée dans le sang.

Il faut réfléchir à la façon de couper la tête de l’hydre, mais surtout à un monde meilleur, où la goinfrerie des multinationales qui a également provoqué le saccage de l’environnement, ne ferait plus la loi.

Il va être difficile d’arrêter le Titanic avant qu’il ne percute l’iceberg.
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Commentaires
christine Descraques
Posté il y a 3 ans

Mon ami si "complet".. Merci pour ce billet qui m'apporte in-formation.
Aujourd'hui, mon 'émotion est à la réflexion, l'engagement et la conscience que je peux aussi être un jour dans le lot des innocents. Puissè-je vivre chaque jour en dépassant mes limites et en offrant tout ce que je peux !
christine devictor
Posté il y a 3 ans

Cher Georges, c'est après vous avoir écrit en deux fois)que je viens de lire votre blog. Rien n'a rajouter si ce n'est que l'Hydre de Lerne est levée au ciel ou elle reçoit la lumière et non pas le feu (qui lui est voisin dans la symbolique). Hercule met un genou en terre et la lève au-dessus de sa tête. Il la tire de la boue dans laquelle elle vit. Il nous faut plier un genou et soulever vers la LUMIERE la pensée de l'EI.
Quand aux multinationales, je crois qu'apès l'ère de la matière brut, puis celle de l'armée suivit de l'ère de la religion, est arrivée celle des finances. L'homme a besoin d'étudier pendant plusieurs siècles des énergies, des règles, des lois, afin de se les approprier et en tirer le meilleur. Cela se fait avec beaucoup de casse.
Ce qui finit par donner l'homme moderne qui sait sauver et éduquer, prier et commercer, mais qui n'a pas encore appris qui il est vraiment dans le noyau de ses cellules. La physique quantique va nous y aider. La route est longue et l'espoir toujours là. Merci Pandore! L'Esprit finira par triompher car l'Esprit est partout...
Adelie Ladureau
Posté il y a 3 ans

Bel article, merci
Georges
Posté il y a 3 ans

merci pour l’intérêt que vous portez à ce blog !

ces événements terribles sont hélas vécus quotidiennement dans le monde, et terriblement "banals" selon le point de vue D'Anna Arendt.

Tuer les meurtriers est une traitement symptomatique incontournable dans l'urgence, mais totalement inutile à long terme : les crimes humains sont commis sous l'emprise de la cupidité, de la haine ou de la peur, et surtout des trois à la fois, et dont seule l'extirpation est le traitement étiologique.

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