Hydra

Hydra

Deuil, chagrin d’amour, blues ou simple désir de calme (ou de volupté), ne réfléchissez pas, envolez-vous à Hydra, l’ile grecque qui flotte au large du Péloponnèse, entre les golfes Argolique et Saronique.

Hydra et ses adorables mules, Hydra et ses milliers de chats.

Comme d’autres lieux particuliers que j’ai connus, Djibouti dans la corne d’Afrique, Tanger au Maroc, Hydra est un vortex, un endroit où les (grands) esprits se rencontrent. Kessel, Rimbaud ou Henry de Monfreid à Djibouti, Matisse, William Burroughs, Paul Bowles à Tanger, Henry Miller, Allen Ginsberg (la beat generation, comme Burroughs) à Hydra et bien sûr, le grand, l’élégant, le magnifique (comme ses perdants) Léonard Cohen dont la maison, simple, anonyme, git désormais dans la rue qui porte son nom, seul hommage que l’île semble avoir concédé à ce génie. Je ne parlerai pas du banc de pierre qui lui est dédié un peu avant la plage de Kamini, il a du moins l’avantage d’un point de vue isolé sur le coucher de soleil.

Évitez les mois d’été, caniculaires et encombrés de touristes de tout poil. Fin septembre est une saison douce où les plus courageux (dont je ne fais pas partie, mon séjour dans la corne d’Afrique m’ayant accoutumé à des eaux bien plus chaudes) se baigneront encore, où les touristes se font discrets, où les températures sont clémentes, encore tièdes.

Le village est un port niché dans une crique face au Péloponnèse au nord, pavé de pierre, décoré de deux clochers orthodoxes. Il abrite quelques (petits) bateaux de pèches, des voiliers, un ou deux yachts quand même. Les maisons dont seules certaines sont blanches, à la différence des iles plus somptueuses comme Mykonos ou surtout Santorin, grimpent, rudement pour les plus éloignées, sur les deux collines qui flanquent le port, à l’est jusqu’au petit cimetière où une dame allume les âmes des morts chaque soir, et à l’ouest qui court au monastère de Saint-Constantin.

Au sud, ne craignez pas de gravir le dénivelé de 600 mètres qui monte au monastère du prophète Élie, puis au mont Éros, point culminant de l’ile. Le monastère, très isolé, fait penser au fort du désert des tartares.

Entre vos baignades, lectures (pour moi) et randonnées, vous n’aurez que le choix de vous adonner à l’excellent régime crétois : salade grecque agrémentée de fêta et d’huile d’olive, calamars frits (les meilleurs chez Piato, sur le port), délicieux souvlakis de porc ou d’agneau, poivrons farcis, dolmades bien entendu. Le pain est savoureux, brioché. On boit du vin blanc sec et avec un peu de chance on dégotte du résiné (chez Giasemi). En son absence, l’ouzo fera parfaitement l’affaire, servi sur des glaçons.

On voit de belles maquettes et de nombreux portraits de moustachus dans le musée, sur le quai Est. Vous pourrez également faire un tour chez Carolina, dans la rue Votsi, en arrivant sur le port, on y trouve de jolis bijoux et on peut y bavarder avec Rolando, qui a descendu plus d’un whisky avec Léonard Cohen.

Que demander d’autre ? L’ile, où ne circule aucun véhicule à moteur (exception faite du camion benne des éboueurs) est d’un calme enchanteur, illuminé par les bougainvillées. Pas de full-moon parties, pas de dancing tonitruant. Les amoureux du silence y auront trouvé leur paradis.

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