Le huitième plaie d’Égypte

Terry Hayes est véritablement machiavélique. Il construit ses intrigues à la manière de ces puzzles tridimensionnels qu’on appelle communément « casse-têtes chinois » et dont les pièces tortueuses s’emboitent les unes dans les autres d’une façon aussi précise que complexe. On retrouve quelque chose de la méticulosité chirurgicale de Tim Willock, l’auteur de « La Religion » et de « La mort selon Turner ».
L’année de la sauterelle est un pavé de 1000 pages, qu’on dévore cependant avec l’avidité d’une locuste et la même délectation que le fabuleux « Je suis Pilgrim », son précédent polar et best-seller.
L’histoire, comptée par le héros (s’en est un !) à la première personne, à laquelle (de personne) on s’identifie d’emblée, vous vous en doutez, commence au Moyen-Orient où un agent de la CIA doit contacter un informateur dans des conditions d’autant plus dangereuses que le groupe de terroristes visés, « l’armée des purs », pratique tortures et crucifixions sans un battement de cils.
La surprise survient aux deux-tiers du roman, lorsque la narration bascule du contexte de l’espionnage international, avec ses procédés sophistiqués de reconnaissance vocale, d’identifications satellitaires ultra-performantes (Depuis l’espace, l’agence est capable de connaitre la valeur du timbre-poste que vous collez sur une enveloppe), d’armes qui feraient baver de convoitise un 007 et de travestissements hyperréalistes qui contrefont empreintes digitales, couleur de l’iris et jusqu’au moindre tatouage, à un univers SF postapocalyptique de prémonitions et de voyages temporels. On est presque dans le réalisme magique.
Et en dépit de l’atmosphère furieusement opérationnelle du roman et de scènes d’action stupéfiantes, Terry Hayes concède au lecteur l’opportunité de reprendre son souffle lors de passages profondément humains. Si c’était un film, ce serait « Interstellar » plutôt que « Terminator », et s’il s’agissait d’un roman d’anticipation, ce serait « Une porte sur l’été » de Robert Heinlein, ou encore « Replay » de Ken Grimwood ».
Six romans captivants que je ne saurais trop vous recommander.
