Impressions du soleil levant

Impressions du soleil levant

Depuis mon premier voyage, il y a 17 ans, le Japon a changé. On croise à Tokyo moins de salary-men en costume strict et de jeunes femmes en tailleur et talons aiguilles. La tenue s’est décontractée. Le surtourisme y fait désormais des ravages et il est navrant de devoir à Kyoto visiter les temples envahis par les instagrameurs et autres tiktokeurs qui succombent au dieu narcissique du selfie plutôt qu’aux kamis qui habitent ces lieux sacrés. Nous avons toutefois découvert une bulle de sérénité dans un petit établissement coincé entre les baraques à souvenirs qui longent le chemin qui descend du Kiyomizu-dera (« temple de l’eau pure »). L’hôtesse a préparé un thé matcha avec la distinction d’une geisha réalisant l’antique cérémonie, et m’a fait gouter un saké nigori pétillant non pasteurisé absolument exquis.

Fascinant pays que celui où se lève le soleil, qui ne nécessite pas moins de trois alphabets différents pour transcrire les mots de son idiome et qui ne compte pas de la même façon les objets cylindriques, plats, ronds, les personnes ou les étages.

Tout y est prétexte à recherche de perfection : la présentation des plats, la mousse autour de pierres savamment disposées, la façon de s’incliner, le maintien exquis des geishas, le modelage de la céramique… Les japonais sont polis, trop peut-être, et s’effacent devant vous en s’excusant plusieurs fois et leurs paroles de bienvenue sont émaillées de sumimasen : pardon, excusez-moi. Ils sont discrets et silencieux, sauf au restaurant où ils éclatent en rires tonitruants et aspirent leurs ramen avec un slurp caractéristique. L’architecture disperse des maisons traditionnelles aux toits de tuiles noires parmi le vert vif des rizières et en ville possède une façon unique de mélanger de vertigineux immeubles de verre avec un dédale de minuscules maisons cubiques, où ça et là émerge le toit d’un temple shinto.

Prendre le Shinkansen, ce train futuriste à grande vitesse, est aussi simple que de prendre le métro chez nous (et même davantage, puisqu’il faut à Paris une carte différente pour les tickets de métro et de RER, sans parler des aéroports). Pas de foire d’empoigne pour monter à bord, les japonais font la queue et il ne viendrait à personne l’idée de s’en dispenser. Le métro est un labyrinthe climatisé dans lequel personne non plus n’aurait la velléité de vociférer au téléphone dans l’oreille de son voisin ou d’écouter une vidéo en en faisant profiter l’alentour.

Quant aux toilettes, publiques ou à domicile, elles mériteraient à elles seules un chapitre de livre. La première fois qu’on y installe son postérieur, on est surpris de découvrir la tiédeur de la lunette, dont la température est ajustée en permanence à la délicatesse de vos fesses. Mais le plus exotique reste le tableau de bord qui permet de moduler la force et la direction du petit jet – chaud – qui assurera votre toilette intime. Les toilettes revêtent dans ce pays, si propre qu’on pourrait lécher par terre, une telle importance, qu’à Tokyo, leur surface était plus grande que celle, minuscule, de notre chambre d’hôtel, qui avait des airs de cabine de bateau, et encore, pas celle du capitaine.

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