Nécronomicon

Howard Phillips Lovecraft cite à maintes reprises ce grimoire maudit, écrit à Sanaa à l’époque des califes Omeyyades, vers l’an 700, par le poète fou Abdul al-Hazred, sous le titre original Al-Azif, dont les Arabes désignaient le bruit nocturne produit par les insectes, supposé être le murmure des démons.
Il visita les ruines de Babylone et les souterrains secrets de Memphis et passa dix années dans la solitude du Roba el Khaliyeh, le grand désert au sud de l’Arabie, et du Dahna, le désert écarlate des Arabes, habité par des esprits. Pendant les dernières années de sa vie, Al-Hazred vécut à Damas, où il écrivit le Necronomicon et où circulent des rumeurs terribles et contradictoires concernant sa disparition, en 738. Il prétendait avoir vu la fameuse Irem, la cité des Piliers, et avoir trouvé sous les ruines d’une cité du désert les annales et les secrets d’une race plus ancienne que l’humanité.
En l’an 950, le Azif, qui avait secrètement circulé parmi les philosophes de l’époque, fut traduit en grec par Theodorus Philetas de Constantinople, sous le titre de Necronomicon. A cause de lui se déroulèrent des expériences révoltantes, de sorte que le livre fut interdit et brûlé par le patriarche Michael. En 1228, toutefois, Olaus Wormius en fit une traduction latine, qui fut imprimée au XVe siècle en Allemagne puis au XVIIe siècle en Espagne. L’ouvrage, dans sa version grecque comme dans sa version latine, fut interdit par le pape Grégoire IX en 1232. L’édition arabe originale avait été perdue à l’époque de Wormius et la version grecque disparut dans l’incendie d’une bibliothèque de Salem en 1692. Une copie du XVIe siècle du texte grec aurait subsisté mais disparu à Salem en 1926.
Des textes latins qui subsistent, l’un serait enfermé au British Museum et l’autre à la Bibliothèque nationale de Paris. Des éditions du XVIIe siècle sont conservées à la bibliothèque Widener à Harvard, à l’université Miskatonic à Arkham et à l’université de Buenos Aires. Il existe probablement des copies secrètes et une rumeur persistante assure qu’une copie du XVe siècle serait détenue par un milliardaire américain.
C’est dans ces termes que HP Lovecraft conte l’histoire de ce livre maléfique qui hante son œuvre. Une magnifique édition de Démons et merveilles, qui contient le texte sublime de la recherche de Kadath, la cité mythique, vient d’être rééditée, fin 2025, illustrée par le génie graphique de Philippe Druillet qui s’attaqua, comme Hans Ruedi Giger en son temps, au mythe du Nécronomicon. Celui de HR Giger est d’ailleurs devenu presque aussi introuvable que le fameux grimoire…

