Avalanche

Avalanche

Quand je songe à la joie pure que notre cosmonaute nationale dit avoir éprouvée en découvrant l’image de la Terre depuis l’espace et, sur place, aux interminables conflits émaillés de crimes innombrables, au fossé des inégalités qui s’élargit, à la lèpre de la pauvreté qui se propage, aux catastrophes climatiques chaque mois plus spectaculaires, à la difficulté d’être jeune (mais vieux aussi) aujourd’hui, en fait à la difficulté de vivre, j’écoute en boucle les deux versions d’Avalanche, la poésie magnifique de Léonard Cohen, reprise en français d’une façon tout aussi poignante par Graeme Alwright, qui nous a quitté lui aussi.

I stepped into an avalanche,
it covered up my soul
When I am not this hunchback that you see
I sleep beneath the golden hill
You who wish to conquer pain,
you must learn, learn to serve me well

You strike my side by accident
as you go down for your gold
The cripple here that you clothe and feed
is neither starved nor cold
He does not ask for your company
Not at the center, the center of the world

When I am on a pedestal,
you did not raise me there
Your laws do not compel me
to kneel grotesque and bare
I myself am the pedestal
For this ugly hump at which you stare

You who wish to conquer pain,
you must learn what makes me kind
The crumbs of love that you offer me,
they’re the crumbs I’ve left behind
Your pain is no credential here
It’s just the shadow, shadow of my wound

I have begun to long for you,
I who have no greed
I have begun to ask for you,
I who have no need
You say you’ve gone away from me
But I can feel you when you breathe

Do not dress in those rags for me,
I know you are not poor
And don’t love me quite so fiercely now,
when you know that you are not sure
It is your turn, beloved
It is your flesh that I wear

Leonard Cohen
1971 Songs of Love and Hate.

Une avalanche m’a emporté
Et recouvert mon âme
Quand je ne suis pas ce bossu que tu vois
Je dors sous la montagne
Si tu veux vaincre la douleur
Apprends à me servir

Tu me frappes par accident
En poursuivant ton chemin
L’infirme ici que tu veux nourrir
N’a ni froid, ni faim
Il ne veut pas être ton compagnon
Pas au centre, centre de ce monde

Tu ne m’as pas mis sur ce piédestal
Et tes lois ne m’obligent plus
A m’agenouiller à tes pieds
Laid, grotesque et nu
Je suis moi-même le piédestal
Pour ce monstre que tu regardes

Si tu veux vaincre la douleur
Apprends ce qui me rend gentil
Les miettes d’amour que tu m’offres sont
Les miettes que j’oublie
Ta douleur n’a pas de créance ici
C’est seulement l’ombre de tes blessures

Je commence à te désirer
Moi qui ne crois plus en rien
Je commence à t’appeler
Moi qui n’ai pas besoin
Tu me dis que tu es loin de moi
Mais je te sens quand tu respires

Ne porte pas ces vieilles guenilles
Tu n’es pas pauvre je sais
Et ne m’aime pas si violemment
Quand tu n’es pas décidé
Maintenant à ton tour d’aimer
C’est ta chair que je porte

Version de Graeme Allwright