Seppuku

Seppuku

Dans le cadre de la saison Hanabi 2026, qui diffuse les films japonais, nous sommes allés voir « Seppuku » De Yuji Kakizaki, film magnifique, servi par le décor dépouillé des intérieurs japonais, qui subliment le vide et par une bande son parfaite, qui reste au plus près des émotions sans prendre l’ascendant sur elles.

Seppuku, c’est le suicide rituel du samouraï par lequel il s’ouvre le ventre (Hara Kiri) avant d’être décapité par son second : le kaishakunin. L’histoire paraît donc, de prime abord, centrée sur le code d’honneur du guerrier, le Bushido. Le Hagakure dit en effet que la voie du samouraï, c’est la mort.

A Edo en 1928, pour une peccadille, une faute absolument vénielle, Kyūzō, samouraï intègre et dont la loyauté est absolue, est condamné par le conseil du shogun à subir le seppuku.

La décision a été prise, elle est rigide, impitoyable, inflexible, irrévocable. C’est son ami le plus proche qui se charge, à son propre péril et par un subterfuge, de l’annoncer à sa femme, pour permettre au couple de se préparer à l’inéluctable, qui doit s’accomplir dès le lendemain. Pour percevoir l’horreur de cette mise à mort ritualisée, il faut lire Mishima, qui mit en scène son propre seppuku dans sa nouvelle « Patriotisme ».

Le film met en lumière le rôle des femmes en arrière plan de cette société médiévale construite sur des valeurs viriles. L’épouse du condamné, tout d’abord, qui dans cette épreuve semble avoir encore plus de colonne vertébrale que son mari, la servante Shige, ensuite, dont la fidélité ira au-delà de ce que l’on attendait d’elle. Derrière ces scènes esthétiques, où chaque geste est ritualisé (ce qu’on retrouve dans l’art du thé, la calligraphie ou le iaido), quand l’épouse enseigne l’écriture des kanas à la servante, quand les serviteurs déplacent les shoji, quand les servantes se lèvent de la position assise, et derrière cette apparente impassibilité, cette absence de gestes d’affection, alors qu’on se consume d’amour, c’est en réalité une véritable critique sociétale qui transparait.

Malgré les notions de fidélité, abnégation, honneur et bien entendu bouddhisme et surtout shintoïsme, qui sont largement abordées dans l’excellent livre de Maurice Pinguet : la mort volontaire au Japon, ce sont les conséquences dramatiques pour la famille du condamné qui sont dénoncées. Ce seppuku, qui n’a rien de volontaire, loin de laver son honneur, va précipiter une « maison » au service du shogun depuis plusieurs siècles, dans l’opprobre et la pauvreté.

Sur ce point, « Seppuku » qui n’est pas un film de sabre (on verra seulement une brève et magnifique scène de ken jutsu) comme le « Hara-kiri » – 切腹 – de Masaki Kobayashi sorti en 1962, dénonce comme lui le manque d’humanité de ce code d’honneur, qui place les apparences avant les sentiments humains. C’est une critique qui ne vaut d’ailleurs pas seulement pour la société japonaise, dont la jeunesse tente, comme les autres, de sortir du carcan des traditions.

Mais à la fin du film, la glace se fendille, les émotions réprimées, et à quel prix, finissent par exploser y compris en plein accomplissement su seppuku et iront jusqu’à disloquer l’esprit de celle qui tentait de leur donner un sens.

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