L’art délicat du Time-Lapse

L’art délicat du Time-Lapse

Lorsque je vous ai vanté le Canon EOS R6 mark II, j’ai évoqué la possibilité de réaliser des Time-Lapses, ces vidéos étonnantes le temps passe en accéléré (ce qui curieusement nous ramène à mon article précédent) : on observe des arbres ou des immeubles pousser en quelques secondes, des nuages filer au firmament, des artistes réaliser des objets complexes en un tournemain, des lacs s’évaporer ou des papillons émerger de leur chrysalide en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Si j’abuse de votre temps en discourant de cette amusante technique, c’est que quelques astuces sont sinon indispensables, du moins bien pratiques lorsque le sujet du time-lapse se déroule sur plusieurs heures voire plusieurs journées.

Je vous ai concocté ici un petit accéléré en mettant en scène ma seule orchidée, en pleine floraison, l’artiste, sur la Fantaisie-Impromptu OP 66 de Chopin.

Pas d’explication nécessaire pour percevoir l’utilité de fixer le R6m2 sur un trépied. J’ai programmé le time-lapse en mode vidéo (sinon l’appareil prend bien des images à intervalle fixe mais sans les assembler) de telle façon que l’appareil prenne une image toutes les 3 minutes (une heure représentera peu ou prou une seconde de vidéo). Penser aussi à fermer un peu le diaph pour augmenter la profondeur de champ car le sujet se modifie au fur et à mesure.

Mais les fleurs, comme du Petit Prince, aiment à prendre leur temps ! Il faut déjà la surprendre : quand une mince fente apparait sur le bouton, elle mettra 24 ou même 48 heures à s’épanouir. Il faut donc disposer un éclairage adéquat pour la phase nocturne (2 petites lampes LED peu consommatrices d’énergie suffiront), mais l’obstacle est représenté par l’autonomie limitée de la batterie. Les miennes, qui sont pratiquement neuves, ont tenu une douzaines d’heures, ce qui n’est clairement pas suffisant. Une solution bancale consiste à changer la batterie juste avant d’aller dormir (en laissant l’éclairage allumé !).

Mais le nec plus ultra est d’alimenter le boitier directement par le secteur : plus de problème d’autonomie. Canon a naturellement prévu une solution qui coute, on s’en doute, un bras : 119,99 (!!) euros. Un peu cher pour un fil électrique, et de toute façon… en rupture de stock.

Laissez tomber les chargeurs USB puissants (45 Watts), qui sont capables de recharger la batterie dans l’appareil (utile ?), mais pas de le faire fonctionner en continu. Ça n’a pas été facile, mais j’ai dégoté une solution : une batterie « factice » certifiée CE qui se loge à l’emplacement adéquat, et on découvre que Canon, qui ne commercialise pas cet accessoire quatre fois moins onéreux, a tout de même prévu (les coquins) un tiroir secret : une petite trappe presque invisible, sur le pourtour de l’ouverture de l’emplacement de la batterie, qui permet de faire passer le gros fil électrique de l’alimentation tout en autorisant la fermeture de la trappe sans forcer, condition sine qua non pour que ça fonctionne.

Le vendeur de cet « ACK-E6 Adaptateur Secteur LP-E6/LP-E6N Batterie factice DR-E6 Coupleur CC kit » ne précise pas qu’il fonctionne avec le R6 « mark II » et j’avoue avoir ressenti un bref frisson d’inquiétude, mais non, pour une fois, ça marche…

Dernière recommandation, ne terminez comme moi pas la séance exceptionnelle que vous avez mis 48 heures à récolter, en coupant le courant sans avoir éteint l’appareil ! Je m’en mords encore les doigts.

ATTENTION, ce système ingénieux délivre un courant de 8,25 volts qui est le maximum théorique que supporte l’appareil. Il faut toujours le brancher sur le secteur AVANT d’installer la batterie factice, pour éviter une surtension dont la R6m2 n’est plus protégé par la batterie. En fait prévue officieusement par Canon (cf. la fameuse porte dérobée) la batterie factice est intéressante pour un time-lapse qui ne provoque pas de surchauffe sous réserve de conserver l’écran en mode éteint (il ne s’allume que si on enclenche la touche « info » pour suivre la procédure, par exemple pour lire le nombre de clichés qui restent sur le total programmé). Vérifiez régulièrement la température, branchez le sur une prise parafoudre pour une sécurité maximum et si vous envisagez un usage intensif comme des vidéos 4K ou un mode rafale, préférez le ruineux câble de Canon, quand il sera disponible, sous peine de griller la carte mère de votre luxueux appareil, ce serait ballot.

Voilà, vous êtes parés.

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