Japon

Naufrages

Posté le 25 Avril 2015
Tags : Akira Yoshimura, Japon, littérature



Akira Yoshimura décrit le quotidien d'un village de pêcheurs, isolé au fin fond d'une côte japonaise, où la misère est telle que les habitants, pour nourrir leur famille, sont contraints de se vendre comme ouvriers ou servantes, pendant des mois, parfois des années. La vie y est rythmée par le cycle des saisons, le flamboiement des feuilles d'automne qui s'annonce par un éclat écarlate sur la cime d'une montagne voisine, le retour des encornets, puis des poulpes, des maquereaux... La vie, la mort, l'amour sont mêlées intimement aux rites inspirés par les contraintes imposées par la température et les caprices de la mer.
Derrière ce tableau bucolique s'en profile un autre, bien plus inquiétant : la famine menace tellement les pêcheurs qu'ils se sont fait pour survivre, depuis des générations, naufrageurs. Les nuits d'hiver, ils entretiennent sur la plage des feux dans le but d'égarer les bateaux dans la tempête, et de se repaitre impitoyablement de leurs restes.
On est proche de la violence de la ballade de Narayama, dans l'étude entomologique des ces réprouvés, criminels presque malgré eux. Kenji Nakagami a décrit tout au long de son œuvre (le cap, Mille ans de plaisir) les burakumin, une de ces castes de parias, dont il était lui même issu.
Mais la malédiction punira in fine ces pêcheurs en s'introduisant dans leur vie par l'intermédiaire de leur péché même, sous la forme terrible du spectre de la mort rouge, évoqué jadis par Edgar Allen Poe, dont un autre écrivain japonais fera d'ailleurs d'Edogawa Ranpo son nom d'auteur.

Ascenseur diabolique

Posté le 16 Juillet 2013
Tags : Japon, littérature, Matsumoto



Pourquoi pas un autre polar nippon cet été ?
Je vous ai déjà entretenu de Matsumoto, l'auteur de "Tokyo Express".
Cette fois, Matsumoto met en scène Asai, un salaryman tokyoïte d'âge moyen qui apprend en pleine réunion de travail le décès brutal de sa jeune épouse.
Confit d'obséquiosité envers son supérieur, sans envergure et ne bénéficiant d'aucune protection, il espère gravir l'échelle sociale à la force de son seul mérite. Se refusant la plupart des menus plaisirs, il passe plus de temps que nécessaire au travail, et on ne lui connait aucun écart de conduite.
Le deuil qui le frappe va infléchir le cours du long fleuve tranquille de son existence. Quelque chose le chiffonne dans les circonstances de cette mort cataloguée de naturelle, et il va bientôt mener sa propre enquête.
Son anxiété maladive et son perfectionnisme vont le précipiter peu à peu dans ce qu'on pourrait qualifier de syndrome d'Icare. Ne va-t-il pas brûler ses ailes en se rapprochant trop près de la vérité ?
Ce roman hitchcockesque montre comment l'ascenseur social peut se transformer soudainement en ascenseur pour l’échafaud.



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