A la une du blog (machisme)

Soumission

Posté le 11 Avril 2017
Tags : Houellebecq, Goncourt, politique, littérature, machisme



En 2010, j’avais été désappointé par la nomination de Michel Houellebecq au Goncourt pour La carte et le territoire. Ca donnait l’impression d’un prix de rattrapage, un peu comme l’Oscar d’honneur attribué in extremis à un Raymond Poulidor du prix littéraire.

Les particules élémentaires, qui révélait à la fois l’écrivain et le futur Houellebecq était, en sa noirceur, dans la fibre de l’Etranger ; Plateforme, qui confirmait les obsessions sexuelles d’un monde désacralisé où l’individualisme met à nu l’angoisse existentielle était jouissif par cet humour désabusé, un peu british et d’autodérision qui fait l’agrément du sarcasme houellebecquien, et qui n’aurait sans doute pas déplu à Brassens dans sa façon de tacler les bien-pensants et les valeurs bourgeoises. Mais franchement, La carte et le territoire, comme La possibilité d’une ile, d’ailleurs, ça m’avait laissé sur ma faim. Ca donnait une impression de manque d’inspiration, de cul-de-sac et de production commerciale, et l’écriture n’était pas à la hauteur d’un Gaudé, d’un Ferrari ou d’un Lemaitre.

Avec Soumission, Houellebecq se qualifie. Rattrapage pour rattrapage, son roman politico-sociétal est remarquablement écrit et condense cet humour caractéristique et ce nihilisme qu’on peut détester, mais qui livre une vision crue, certes désillusionnée et machiste, d’une société française en proie au doute et à la remise en question. En cette période pré-électorale, force est d’observer à quel point Houellebecq a été, avec sept ans d’avance, un Cassandre avisé. Mise à part la fiction de l’accession au pouvoir d’un parti islamiste modéré rêvant de reconstituer les limites de l’empire romain, l’équilibre actuel des partis politiques avait été magistralement anticipé.

Jusqu’à la dernière ligne on se demande si le narrateur (plus houellebecquien et autobiographique que jamais) va réagir, quitte à se condamner socialement, comme Thomas dans L’insoutenable légèreté de l’être ou, non pas se soumettre, mais définitivement capituler, non seulement devant le chantage social revêtu des atours de la beauté du diable, mais surtout devant l’avancée inexorable de l’âge et de la décrépitude.

Soumission pourrait évoquer la phrase de René Char « la lucidité est la blessure la plus proche du soleil » si le machisme totalitaire qui en fait la trame ne révélait en creux l’absence de l’avenir de l’homme : la femme, donneuse de sens, juive, échappée, disparue vers une hypothétique terre promise.

Image : Americ Gothic par AI

Partager
Commentaires
Liens