A la une du blog (Piketty)

alpha = r x bêta, sachant que bêta = s/g

Posté le 08 Novembre 2015
Tags : économie, Piketty, richesse, inégalité



je suis en train de le lire pour vous, petits veinards.
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Egalités

Posté le 01 Décembre 2015
Tags : Piketty, économie, politique, richesse, inégalité, croissance, oligarchie



Le Piketty m’est dégringolé dessus comme un pavé. Quatre cm d’épaisseur et pas loin de 1000 pages : c’est l’inconvénient de commander un livre en ligne, on n’en voit pas la tranche. Piketty peut se prévaloir de la minutieuse et jamais égalée accumulation d’un very big data sur les salaires perçus et le capital accumulé dans le monde entier depuis trois siècles.

Pas si indigeste que ça, in fine. Ne serait-ce sa densité respectable on croirait feuilleter un manuel d’économie pour les nuls. En commençant par le b-a-ba et en rappelant avec patience et pédagogie, chapitre après chapitre, les acquis des pages précédentes, Piketty expose de façon lumineuse ce qu’on appelle revenu national (p 78) ou rapport capital/revenu (p 89). On apprend tout sur le taux de croissance de la population mondiale, celui de la production correspondante (p 106 et 168), les effets de l’inflation (p 177).

Au passage, les data tordent le cou à des fantasmes : non, la France n’appartient ni aux chinois, ni aux émirs du Golfe. En fait, les possessions des étrangers en France sont contrebalancées par celles des français à l’étranger.

En ce qui concerne la richesse publique, François Fillon a l’excuse de s’être exprimé un peu tôt : s’il avait eu il y a quelques années ce monument à portée de main, il ne serait pas allé nous balancer qu’il prenait la tête d’un état en faillite (c’est sa tête qui était en état de faillite). En effet, dette publique et possessions de l’état s’équilibrent exactement, de sorte que la richesse publique n’est pas dans le rouge, même si elle n’est pas loin de zéro, ce qui est le cas des états riches qu’on prétend nous donner en modèles (l’Allemagne rigoureusement à zéro de capital public en 2010, p 228 : actifs et dettes représentent un an de revenu national). Emprunter ce qu’on a, ce n’est quand même pas la fin des haricots.

Ce n’est pas le cas du capital privé : on apprend ainsi que dans les pays riches comme le nôtre, en 2010, les habitants ont en moyenne accumulé plusieurs années de revenu : quatre ans pour l’Allemagne, cinq ans au royaume uni, six pour le patrimoine des français (p 230). Comme on le voit, « c’est pas » la faillite ou comme dirait le père Pedro Opeka (parlant des ouailles dont il prend soin à Madagascar), si vous pensez que vous êtes en crise, alors quel mot faudrait-il inventer pour décrire la misère qui est la nôtre ?

La seconde partie du pavé se concentre sur, justement… la concentration des richesses.

Sous l’ancien régime, 98% des français ne possédaient rien, et 2% pratiquement tout. En 1789, le peuple mourrait de faim et ce ne sont pas seulement les lumières qui ont engendré la révolution et l’abolition des privilèges. Ce ne sont en effet pas les riches qui posent problème (les patriciens assuraient au peuple du pain et des jeux), mais … les pauvres. Quand une masse suffisante de la population est misérable et n’a plus rien à perdre, rien n’empêche plus l’explosion et la chute des têtes. Cependant, si la révolution a prétendu abolir les privilèges et proclamer l’égalité, le fait est qu’au décours de la révolution industrielle, la situation n’était guère différente, avec une concentration des richesses absolument extrême chez une petite caste de privilégiés. En 1910, le dixième décile (les 10% les plus riches) accaparait 90% des richesses en France (pratiquement 60% pour le centile du haut, p 542). La « belle époque » l’était surtout pour ces happy few ou comme aurait dit Coluche, certains sont … plus égaux que d’autres.

Le XXème siècle a apporté un changement radical dans la répartition des richesses : les deux guerres ont changé la donne et fait apparaitre un phénomène nouveau et fondamental, avec un effondrement des patrimoines puis une croissance (reconstruction) considérable pendant la période dite des trente glorieuses. Page 234, un éloquent graphique montre le coup de hache (courbe en U) que se sont infligés les capitaux des nations au décours des deux guerres mondiales. Entre 1870 et 1950, ce sont quatre années d’accumulation sur sept qui sont parties en fumée. Le capital européen n’a pas retrouvé à ce jour le niveau qu’il avait avant 1914.

Ces phénomènes ont permis l’apparition d’une classe moyenne qui a pu s’arroger une partie de la richesse nationale accaparée sous l’ancien régime puis à la belle époque par les privilégiés. A l’heure actuelle, le dixième décile (P10 ou les 10% les plus riches) possède en France encore 60% (quand même) de la richesse nationale. Un coup d’œil à la loupe révèle que parmi ces P10, le premier centile (les 1% les plus riches) qui thésaurisait 60% des patrimoines en 1910 en possède 25% en 2010. Certes, la part des 50% les plus pauvres n’a guère évolué : elle reste inférieure à 5% de la richesse nationale (p 546). Mais les « 40% du milieu » ont récupéré le reste : 35%. On pourrait rêver mieux comme démocratie, mais c’est « moins pire » qu’au cours des siècles précédents. Par ailleurs, aux esprits réactionnaires qui prétendent qu’ "appauvrir" les riches n'enrichira pas les pauvres, ces chiffres répondent qu'un peu de redistribution ne fait pas de mal.

Toutefois, depuis les années 70, le capital se reconstitue à la vitesse grand « v » et avec une véritable frénésie depuis les années 90. L’évolution « naturelle » de la croissance ne peut se stabiliser qu’à la baisse (n’oublions pas qu’elle a été inférieure à 1% avant le 19ème siècle et depuis la nuit des temps et qu’actuellement nous avons tellement entamé la planète que tabler sur une augmentation globale de la croissance est purement suicidaire à moyen terme). Les taux à deux chiffres sont des épiphénomènes de pays émergents en phase de rattrapage. Or, la différence (r>g) entre rendement (r) du capital (5% en moyenne) et croissance (g = 1% à l’équilibre) aboutit mé-ca-ni-que-ment (p 578) à la concentration d’une richesse sidérale dans les seules mains de ceux qui possèdent le capital : typiquement, si aucun mécanisme ne vient contrecarrer ce processus, 90% des richesses se concentreront chez le décile supérieur dont 50% pour le centile du haut. La réalité est que plus le capital est important, plus son rendement l’est aussi. Par exemple, les placements des plus grandes universités américaines (Harvard, Yale, Princeton qui possèdent entre 15 et 30 milliards de dollars de dotation) ont rapporté en moyenne plus de 10% par an au cours des trente dernières années (rendements du capital nets, déduits de tout travail et de toute imposition).
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Irrespirable

Posté le 08 Décembre 2015
Tags : Politique, FN, Piketty, riches, pauvres, égalité, démocratie, oligarchie, pétrôle



On se demande où l’air est devenu le plus irrespirable. A Pékin, submergé sous
l’ « airpocalypse » ou en France quand un votant sur trois vient de se prononcer en faveur du FN ?

A y regarder de près, ce sont les hommes les plus jeunes, les moins éduqués et surtout les moins rétribués ou les plus au chômage qui ont voté Front National. On pourrait faire le parallèle (en plein scandale de la FIFA) avec les amateurs de foot qui vont acquérir des billets hors de prix pour regarder jouer « les bleus » : ce sont des chômeurs et des smicards qui payent des millionnaires… Le FN, dont les plus jeunes, épargnés par les souvenirs méphitiques de la dernière guerre et de la guerre d’Algérie sont les prosélytes, veulent croire les discours de Marine Le Pen qui prétend que les déboires des français viennent de l’état social (mais Nicolas Sarkozy qui veut remettre les « assistés » au travail n’est dans le fond pas très différent) et des immigrés. La réalité, c’est que par exemple à Paris, les achats étrangers ne rendent compte que de 3% de l’augmentation vertigineuses des prix, ce qui veut dire que ce sont des français qui tirent les prix vers le haut (Piketty P 742).

La vraie fracture, que la France d’en bas ignore et que celle d’en haut camoufle, c’est que les richesses, en France moins qu’en Amérique certes, mais dans une proportion quand même très significative, ne sont pas distribuées aux étrangers et aux chômeurs, mais sont confisquées par les P10 (les 10% les plus riches qui cumulent 60% de la richesse patrimoniale française) et surtout les P1 (les 1% qui possèdent un quart de la richesse nationale).

Je doute que l’éviction des étrangers change grand-chose au taux de chômage en France ni n’enrichisse ces 50% de français qui possèdent moins de 5% de la richesse de notre (encore) beau pays. De même, faire sécession d’avec cette Europe si dure à bâtir sur les ruines des deux guerres mondiales, n’améliorera ni la sécurité ni la richesse de la France.

C’est par désespoir, colère mais surtout par peur (fear is the mother of violence) que cette France fragilisée, ou plutôt abandonnée des élites et des promesses, se jette dans un pacte faustien. Attention, quand le FN, comme nos autres gouvernants, aura échoué, Méphisto reviendra réclamer son dû.

Piketty fait pourtant la démonstration lumineuse que la seule barrière contre l’accumulation ad nauseam des richesses est le retour à une fiscalité qui n’a pas été inventée par le parti communiste, mais par Roosevelt qui, dans la crise des années 30, avait décrété une tranche marginale d’imposition confiscatoire : 80% sur les bénéfices les plus élevés. C’est ce qu’avait promis François Hollande (75% sur la tranche supérieure à 1 million d’euros). C’est en ce sens que la France du bas peut se sentir trahie, et par Sarkozy (dont les conférences se rémunèrent en centaines de milliers d’euros) qui avait promis d’en finir avec les paradis fiscaux et par la gauche qui a certes fait de timides progrès dans le plafonnement des loyers, ou le développement de logements sociaux, mais qui reste très en dessous de ce que précisément, ces jeunes hommes sans avenir auraient pu espérer. Or, Piketty (toujours lui !) montre comment les rémunérations stratosphériques des dirigeants ont pris leur essor avec la diminution de la tranche marginale d'imposition et non, comme on cherche à nous le faire croire, par une mise en concurrence des plus méritants. Les parachutes dorés ne récompensent pas les meilleurs gestionnaires, mais les meilleurs négociateurs de leurs intérêts propres.

Jusqu’en 1910 dans le monde, le taux d’imposition du capital était proche de zéro (1-2% pendant la révolution, approchant de 10% en 1910, "Pik" page 757). A partir des années 50, et devant l’ampleur de la ruine mondiale, il s’était établi aux alentours de 30%. Le problème actuel est bien entendu la concurrence fiscale entre les états (dont les fameux paradis fiscaux). La part des prélèvements par rapport au revenu national est actuellement de 55% en Suède, 50% en France, 40% au Royaume Uni et seulement 30% aux USA. Or, cette moitié en France n’est pas volée aux contribuables : elle a permis, après la guerre, la création d’un état social. Education, santé, retraites, routes... Il n’est qu’à comparer ce que nous offre notre pays avec les autres états occidentaux pour en prendre conscience. Allez rouler (sans limites de vitesse) sur les autoroutes allemandes, ou vous faire soigner à New-York, vous comprendrez la différence. Quant aux minima sociaux, n’en déplaise à M Sarkozy, ils ne représentent que 1% du revenu national (Pik p 764).

Depuis les années 70, quand le pétrole tant convoité que les nations occidentales se procuraient pour presque rien, est devenu subitement une denrée chère, on nous rebat les oreilles avec la crise. La vérité est que nos pays sont immensément riches (mais de moins en moins égalitaires). Les ménages européens possèdent 70 milliards d’euros (Pik p 741). Les fonds de pension - qui nous font si peur - ne représentent que 1,5% de la richesse mondiale, les milliardaires également 1,5%. En revanche, le risque de divergence oligarchique est réel : véritable « énergie noire », au moins 10% des capitaux mondiaux sont subtilisés dans les paradis fiscaux (Pik p 746). La vraie menace, c’est la perte de souveraineté démocratique quand il est devenu impossible pour un gouvernement isolé de réguler, ou d’imposer une concurrence fiscale. La sortie de l’Europe que prône le FN affaiblira encore davantage la possibilité de contrôler cet argent fou.

Ainsi, Pékin étouffant sous l’oxyde azoté pendant la COP21 (un message d’en haut ?), Platini se débattant dans le scandale de la FIFA, Donald Trump (« trompe » ?) qui appelle au refoulement des musulmans hors de la terre d’accueil américaine, l’émergence d’un terrorisme mondialisé par un califat islamique financé par l’or noir et le vote massif Front National ne peuvent être considérés comme des entités totalement déconnectées.

Piketty veut croire en une régulation mondiale (qu’on pourrait nommer « égalité » peut-être ?) de la répartition des richesses, au travers d’un impôt progressif et coopératif sur le patrimoine. La paix et la justice, n’en déplaise aux va-t-en guerre de tout poil, ne s’instaurera dans un monde futur pas si utopique que cela si on compare notre époque relativement bénie aux génocides habituels des derniers millénaires, qu’avec une répartition honorable des biens d’une planète qui appartient à tous les hommes (ou à personne en particulier) et dont nous ne sommes jamais, pour une période assez brève somme toute, que locataires.
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Qui sème le vent…

Posté le 12 Février 2017
Tags : Ulysse, Pénélope, Fillon, Politique, Primaires, Elections, Economie, Piketty



On ne s’ennuie pas pendant les périodes pré-électorales, tous les 5 ans on nous sert un feuilleton. Le Pénélope-Gate prend des allures d’affaire DSK.

Il y a quelques jours un commentateur s’étonnait benoitement qu’après plus de 30 ans de vie politique, le canard enchaîné ne s’intéresse que si tardivement à François Fillon, précisément trois mois avant les élections présidentielles. Etrange ?

François Fillon, qui se dresse en mari offensé, en preux défenseur d’une épouse injustement attaquée, parle de l’extrême violence de la campagne menée contre son couple.

Il n’a pas tort.

Comme toujours dans l’arène politique, les combats ressemblent à ceux des gladiateurs, entourés d’une foule déchainée de pouces dirigés vers le sol.

Il fait mine, toutefois, d’oublier l’extrême violence de ses propositions de candidat à la fonction présidentielle. En cela, et contrairement aux apparences, son programme ne différait guère de celui d’Alain Juppé, prétendument « à gauche de la droite ». A gauche de la droite de la droite de la droite peut-être…

Cette primaire de la droite, indécente bataille d’égos, cour de récréation d’enfants gâtés d’une caste inconsciente des privilèges qu’elle s’est octroyés, a théorisé le recul terrible des acquis sociaux qui pourrait nous accabler d’ici quelques mois : âge de la retraite repoussé (alors que nous sommes bardés de chômeurs), allongement des heures de travail (les candidats faisant mine d’ignorer que la moyenne hebdomadaire effective de ceux qui ont la chance de travailler est de 39 heures, plus de 50 pour les médecins, et que notre productivité est la même que celle des allemands), diminution drastique du nombre d’agents de l’état (on ne sait d’ailleurs lesquels, puisqu’il ne s’agirait ni des policiers ni des juges : les infirmières peut-être ?), diminution des indemnités de chômage (les chômeurs sont des fainéants, tout le monde le sait… qu’ils se retrouvent à la rue, c’est leur problème, pas celui des honnêtes citoyens).

Tout le monde se fiche, peu ou prou, des rémunérations indécentes de la famille Fillon. Ce ne sont pas les premiers. Il est probable que, comme dans l’affaire DSK, les accusations feront pschitt. Indécentes ou non, ces rémunérations n’étaient probablement (enfin, qui sait ?) pas illégales. Les avocats de Strauss-Kahn n’ont pas cherché à démontrer qu’il n’y avait pas eu viol, mais bien à déconsidérer la crédibilité de la victime (et à l’acheter par-dessus le marché). Ceux de Fillon cherchent à débouter la légitimité du procès d’emploi fictif.

Non, la violence, car violence il y a, est celle du candidat Fillon (ex-premier ministre) qui cherche à nous faire avaler que la France (5ème économie mondiale) est en « faillite ».

Comme nous le rappelle Thomas Piketty, notre dette n’est pas détenue par l’émir du Qatar ou la Chine, mais par des rentiers européens, tout comme les rentiers français possèdent une partie de la dette européenne. Si un ménage français était endetté d’un an de son salaire (un PIB), auprès de ses voisins, on en rirait…

L’extrême violence, ce n’est pas celle qui est prétendue faite à l’encontre de Pénélope, que son courageux époux brandit tel un bouclier (je file sans lassitude la métaphore antique), mais celle du candidat Fillon, bénéficiaire depuis des années des largesses de la république, qui vient donner des leçons aux français et leur demander de se serrer pour certains (même pour beaucoup), encore un peu la ceinture.

La violence, ce n’est pas ce que François Fillon a fait, c’est ce qu’il a dit.

Détail (?) amusant, Fillon se réclame - en tant que candidat - de sa religion, catholique (eh oui, la chrétienté aux racines de l’Europe). Mis à part le fait que le Christ rendait « à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », on peut se demander (avec le défunt abbé Pierre) pour quel programme il ressentirait quelque solidarité s’il revenait nous voir. Comme le disait Brassens, « un beau jour on verra le Christ descendre du calvaire en disant dans sa lippe, merde ! je ne joue plus pour tous ces pauvres types »…

Ce billet d’humeur aurait tout aussi bien pu s’intituler « Tartufe » et mon billet du 4 novembre était rien moins que prémonitoire.

En définitive, Pénélope défaisait la nuit ce qu’elle filait le jour, en attendant son Ulysse de mari ; l’origine du premier emploi fictif ?





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