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Qui sème le vent…

Posté le 12 Février 2017
Tags : Ulysse, Pénélope, Fillon, Politique, Primaires, Elections, Economie, Piketty



On ne s’ennuie pas pendant les périodes pré-électorales, tous les 5 ans on nous sert un feuilleton. Le Pénélope-Gate prend des allures d’affaire DSK.

Il y a quelques jours un commentateur s’étonnait benoitement qu’après plus de 30 ans de vie politique, le canard enchaîné ne s’intéresse que si tardivement à François Fillon, précisément trois mois avant les élections présidentielles. Etrange ?

François Fillon, qui se dresse en mari offensé, en preux défenseur d’une épouse injustement attaquée, parle de l’extrême violence de la campagne menée contre son couple.

Il n’a pas tort.

Comme toujours dans l’arène politique, les combats ressemblent à ceux des gladiateurs, entourés d’une foule déchainée de pouces dirigés vers le sol.

Il fait mine, toutefois, d’oublier l’extrême violence de ses propositions de candidat à la fonction présidentielle. En cela, et contrairement aux apparences, son programme ne différait guère de celui d’Alain Juppé, prétendument « à gauche de la droite ». A gauche de la droite de la droite de la droite peut-être…

Cette primaire de la droite, indécente bataille d’égos, cour de récréation d’enfants gâtés d’une caste inconsciente des privilèges qu’elle s’est octroyés, a théorisé le recul terrible des acquis sociaux qui pourrait nous accabler d’ici quelques mois : âge de la retraite repoussé (alors que nous sommes bardés de chômeurs), allongement des heures de travail (les candidats faisant mine d’ignorer que la moyenne hebdomadaire effective de ceux qui ont la chance de travailler est de 39 heures, plus de 50 pour les médecins, et que notre productivité est la même que celle des allemands), diminution drastique du nombre d’agents de l’état (on ne sait d’ailleurs lesquels, puisqu’il ne s’agirait ni des policiers ni des juges : les infirmières peut-être ?), diminution des indemnités de chômage (les chômeurs sont des fainéants, tout le monde le sait… qu’ils se retrouvent à la rue, c’est leur problème, pas celui des honnêtes citoyens).

Tout le monde se fiche, peu ou prou, des rémunérations indécentes de la famille Fillon. Ce ne sont pas les premiers. Il est probable que, comme dans l’affaire DSK, les accusations feront pschitt. Indécentes ou non, ces rémunérations n’étaient probablement (enfin, qui sait ?) pas illégales. Les avocats de Strauss-Kahn n’ont pas cherché à démontrer qu’il n’y avait pas eu viol, mais bien à déconsidérer la crédibilité de la victime (et à l’acheter par-dessus le marché). Ceux de Fillon cherchent à débouter la légitimité du procès d’emploi fictif.

Non, la violence, car violence il y a, est celle du candidat Fillon (ex-premier ministre) qui cherche à nous faire avaler que la France (5ème économie mondiale) est en « faillite ».

Comme nous le rappelle Thomas Piketty, notre dette n’est pas détenue par l’émir du Qatar ou la Chine, mais par des rentiers européens, tout comme les rentiers français possèdent une partie de la dette européenne. Si un ménage français était endetté d’un an de son salaire (un PIB), auprès de ses voisins, on en rirait…

L’extrême violence, ce n’est pas celle qui est prétendue faite à l’encontre de Pénélope, que son courageux époux brandit tel un bouclier (je file sans lassitude la métaphore antique), mais celle du candidat Fillon, bénéficiaire depuis des années des largesses de la république, qui vient donner des leçons aux français et leur demander de se serrer pour certains (même pour beaucoup), encore un peu la ceinture.

La violence, ce n’est pas ce que François Fillon a fait, c’est ce qu’il a dit.

Détail (?) amusant, Fillon se réclame - en tant que candidat - de sa religion, catholique (eh oui, la chrétienté aux racines de l’Europe). Mis à part le fait que le Christ rendait « à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », on peut se demander (avec le défunt abbé Pierre) pour quel programme il ressentirait quelque solidarité s’il revenait nous voir. Comme le disait Brassens, « un beau jour on verra le Christ descendre du calvaire en disant dans sa lippe, merde ! je ne joue plus pour tous ces pauvres types »…

Ce billet d’humeur aurait tout aussi bien pu s’intituler « Tartufe » et mon billet du 4 novembre était rien moins que prémonitoire.

En définitive, Pénélope défaisait la nuit ce qu’elle filait le jour, en attendant son Ulysse de mari ; l’origine du premier emploi fictif ?





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