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Disparition

Posté le 06 Décembre 2017
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Soumission

Posté le 11 Avril 2017
Tags : Houellebecq, Goncourt, politique, littérature, machisme



En 2010, j’avais été désappointé par la nomination de Michel Houellebecq au Goncourt pour La carte et le territoire. Ca donnait l’impression d’un prix de rattrapage, un peu comme l’Oscar d’honneur attribué in extremis à un Raymond Poulidor du prix littéraire.

Les particules élémentaires, qui révélait à la fois l’écrivain et le futur Houellebecq était, en sa noirceur, dans la fibre de l’Etranger ; Plateforme, qui confirmait les obsessions sexuelles d’un monde désacralisé où l’individualisme met à nu l’angoisse existentielle était jouissif par cet humour désabusé, un peu british et d’autodérision qui fait l’agrément du sarcasme houellebecquien, et qui n’aurait sans doute pas déplu à Brassens dans sa façon de tacler les bien-pensants et les valeurs bourgeoises. Mais franchement, La carte et le territoire, comme La possibilité d’une ile, d’ailleurs, ça m’avait laissé sur ma faim. Ca donnait une impression de manque d’inspiration, de cul-de-sac et de production commerciale, et l’écriture n’était pas à la hauteur d’un Gaudé, d’un Ferrari ou d’un Lemaitre.

Avec Soumission, Houellebecq se qualifie. Rattrapage pour rattrapage, son roman politico-sociétal est remarquablement écrit et condense cet humour caractéristique et ce nihilisme qu’on peut détester, mais qui livre une vision crue, certes désillusionnée et machiste, d’une société française en proie au doute et à la remise en question. En cette période pré-électorale, force est d’observer à quel point Houellebecq a été, avec sept ans d’avance, un Cassandre avisé. Mise à part la fiction de l’accession au pouvoir d’un parti islamiste modéré rêvant de reconstituer les limites de l’empire romain, l’équilibre actuel des partis politiques avait été magistralement anticipé.

Jusqu’à la dernière ligne on se demande si le narrateur (plus houellebecquien et autobiographique que jamais) va réagir, quitte à se condamner socialement, comme Thomas dans L’insoutenable légèreté de l’être ou, non pas se soumettre, mais définitivement capituler, non seulement devant le chantage social revêtu des atours de la beauté du diable, mais surtout devant l’avancée inexorable de l’âge et de la décrépitude.

Soumission pourrait évoquer la phrase de René Char « la lucidité est la blessure la plus proche du soleil » si le machisme totalitaire qui en fait la trame ne révélait en creux l’absence de l’avenir de l’homme : la femme, donneuse de sens, juive, échappée, disparue vers une hypothétique terre promise.

Image : Americ Gothic par AI

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Vent d’Est, vent d’Ouest

Posté le 05 Mars 2017
Tags : Litterature, Policier, Polar, Ian Manook, Peter May, Chine, Pékin, Shanghai



Tout d’abord rebuté (effrayé) par des quatrièmes de couverture abomifreuses, où il est question de tueurs en série et de collections de femmes démembrées, j’ai fini par me laisser tenter par la série chinoise en échangeant avec une bibliophile de rencontre des impressions de polars qui nous avaient enthousiasmés. Je lui recommandai l’exceptionnel Yeruldelgger, de Ian Manook, savoureux polar à la sauce mongole ; elle réussit à me convaincre que non seulement l’intrigue de Peter May allait me tenir en haleine jusqu’à la dernière page, mais que j’y gagnerais un voyage dans le Pékin labyrinthique de l’auteur.

Je me délecte du troisième tome et j’avoue que l’improbable tandem Li Yan - Margaret Campbell est à la hauteur des promesses qui m’ont été faites. Lui, susceptible, méticuleux, pointilleux même, pétri des valeurs ancestrales d’une Chine traditionnelle et des principes avunculaires selon lesquels le diable se cache dans le détail ; elle, légiste américaine aussi perfectionniste dans sa fréquentation des morts qu’elle dissèque avec jubilation en exorcisant ses démons intérieurs. On s’en doute, la rencontre entre la rousse incendiaire aux magnifiques yeux bleus et l’athlétique policier chinois d’un mètre quatre-vingt n’est pas de tout repos, plutôt explosive même.

La trame, qui se délecte de macabre, nous entraine dans les méandres de Pékin et de Shanghai, entre modernité et tradition, ruelles labyrinthiques et gratte-ciels gigantesques, séquelles de la révolution culturelle et formalisme des rapports sociaux, corruption au plus haut niveau et cuisine chinoise. Vous allez adorer.

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Qui sème le vent…

Posté le 12 Février 2017
Tags : Ulysse, Pénélope, Fillon, Politique, Primaires, Elections, Economie, Piketty



On ne s’ennuie pas pendant les périodes pré-électorales, tous les 5 ans on nous sert un feuilleton. Le Pénélope-Gate prend des allures d’affaire DSK.

Il y a quelques jours un commentateur s’étonnait benoitement qu’après plus de 30 ans de vie politique, le canard enchaîné ne s’intéresse que si tardivement à François Fillon, précisément trois mois avant les élections présidentielles. Etrange ?

François Fillon, qui se dresse en mari offensé, en preux défenseur d’une épouse injustement attaquée, parle de l’extrême violence de la campagne menée contre son couple.

Il n’a pas tort.

Comme toujours dans l’arène politique, les combats ressemblent à ceux des gladiateurs, entourés d’une foule déchainée de pouces dirigés vers le sol.

Il fait mine, toutefois, d’oublier l’extrême violence de ses propositions de candidat à la fonction présidentielle. En cela, et contrairement aux apparences, son programme ne différait guère de celui d’Alain Juppé, prétendument « à gauche de la droite ». A gauche de la droite de la droite de la droite peut-être…

Cette primaire de la droite, indécente bataille d’égos, cour de récréation d’enfants gâtés d’une caste inconsciente des privilèges qu’elle s’est octroyés, a théorisé le recul terrible des acquis sociaux qui pourrait nous accabler d’ici quelques mois : âge de la retraite repoussé (alors que nous sommes bardés de chômeurs), allongement des heures de travail (les candidats faisant mine d’ignorer que la moyenne hebdomadaire effective de ceux qui ont la chance de travailler est de 39 heures, plus de 50 pour les médecins, et que notre productivité est la même que celle des allemands), diminution drastique du nombre d’agents de l’état (on ne sait d’ailleurs lesquels, puisqu’il ne s’agirait ni des policiers ni des juges : les infirmières peut-être ?), diminution des indemnités de chômage (les chômeurs sont des fainéants, tout le monde le sait… qu’ils se retrouvent à la rue, c’est leur problème, pas celui des honnêtes citoyens).

Tout le monde se fiche, peu ou prou, des rémunérations indécentes de la famille Fillon. Ce ne sont pas les premiers. Il est probable que, comme dans l’affaire DSK, les accusations feront pschitt. Indécentes ou non, ces rémunérations n’étaient probablement (enfin, qui sait ?) pas illégales. Les avocats de Strauss-Kahn n’ont pas cherché à démontrer qu’il n’y avait pas eu viol, mais bien à déconsidérer la crédibilité de la victime (et à l’acheter par-dessus le marché). Ceux de Fillon cherchent à débouter la légitimité du procès d’emploi fictif.

Non, la violence, car violence il y a, est celle du candidat Fillon (ex-premier ministre) qui cherche à nous faire avaler que la France (5ème économie mondiale) est en « faillite ».

Comme nous le rappelle Thomas Piketty, notre dette n’est pas détenue par l’émir du Qatar ou la Chine, mais par des rentiers européens, tout comme les rentiers français possèdent une partie de la dette européenne. Si un ménage français était endetté d’un an de son salaire (un PIB), auprès de ses voisins, on en rirait…

L’extrême violence, ce n’est pas celle qui est prétendue faite à l’encontre de Pénélope, que son courageux époux brandit tel un bouclier (je file sans lassitude la métaphore antique), mais celle du candidat Fillon, bénéficiaire depuis des années des largesses de la république, qui vient donner des leçons aux français et leur demander de se serrer pour certains (même pour beaucoup), encore un peu la ceinture.

La violence, ce n’est pas ce que François Fillon a fait, c’est ce qu’il a dit.

Détail (?) amusant, Fillon se réclame - en tant que candidat - de sa religion, catholique (eh oui, la chrétienté aux racines de l’Europe). Mis à part le fait que le Christ rendait « à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », on peut se demander (avec le défunt abbé Pierre) pour quel programme il ressentirait quelque solidarité s’il revenait nous voir. Comme le disait Brassens, « un beau jour on verra le Christ descendre du calvaire en disant dans sa lippe, merde ! je ne joue plus pour tous ces pauvres types »…

Ce billet d’humeur aurait tout aussi bien pu s’intituler « Tartufe » et mon billet du 4 novembre était rien moins que prémonitoire.

En définitive, Pénélope défaisait la nuit ce qu’elle filait le jour, en attendant son Ulysse de mari ; l’origine du premier emploi fictif ?





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KPTI en ligne : Vous l’avez rêvé, Georges Mion l’a fait

Posté le 18 Décembre 2016
Tags : KPTI, KPT, Bryce, Kétamine, informatique, simulation, rugloop, PKPD, Demed, psychédélique



Lassé de devoir expliquer (et surtout me replonger dans) le fonctionnement labyrinthique des modèles DEMED, et soucieux de léguer à l’humanité une interface qui permette enfin de simuler les concentrations plasmatiques de kétamine injectée dans les veines, j’ai élaboré cette semaine, pour vous (mais oui !), KPTI.

J’ai découvert l’acronyme KPT avec mon logiciel préféré de modélisation 3D,
Bryce, qui à l’époque s’appelait, sans que je sache trop bien pourquoi,
« KPT Bryce ». J’ignorais alors que KPT signifiait, pour quelques happy-few
dont les portes de la perception étaient probablement plus ouvertes
que celles des autres, « Ketamine Psychedelic Therapy », un clin d’œil,
sans-doute, aux paysages psychédéliques que Bryce extrayait de votre imagination, à votre grand étonnement d’ailleurs. Un avant-gout de « deep dream », peut-être, mais nettement plus créatif.

KPT, donc, renvoie à la vague « psychédélique » des années 60, et à l’usage thérapeutique (ou pas) de drogues hallucinogènes comme le LSD, la psilocybine
ou la mescaline. En fait, depuis les années 2000 et la redécouverte des propriétés antidépressives de la kétamine, synthétisée par Calvin Stevens en 1962, un champ de recherche très dynamique vient de se ré-ouvrir. Des études récentes laissent penser que la kétamine, ou certaines drogues comme la psilocybine, pourraient aider les patients en phase terminale à gagner plus sereinement les rives du Léthé. (NDE et OBE seront pour une autre fois).

L’interface, qui encapsule le modèle DEMED - un peu abscons de prime abord -
dans une fenêtre Excel plus intuitive, ne pouvait faire moins qu’un clin d’œil, psychédélique aussi, à la kétamine que j’étudie sans lassitude depuis que ma collègue le docteur Dominique Daihle-Dupont, trop tôt disparue, me l’aie présentée
à la maternité de l’hôpital Saint-Vincent de Paul dans les années 80 lorsque j’étais interne à Paris.

KPTI pour "Ketamine Plasmatic Target Interface", permet d’étudier de manière ludique et réaliste (un genre de « serious game ») les répercussions plasmatiques de l’administration de bolus intraveineux ou d’une perfusion de kétamine. On entre le poids du patient et les données d’injection dans les colonnes de gauche, et KPTI vous fournit à droite la courbe des concentrations plasmatiques calculées selon le modèle de Domino, au-dessus d’un schéma de vos interventions, dans la pure tradition d’une feuille d’anesthésie. En prime, le soft code en couleurs (d’où l’aspect faussement hallucinatoire) la zone de concentration dans laquelle vous pensez plonger votre patient virtuel : sommeil profond, émergence, délire, analgésie, ou protection antihyperalgésique.

Pour la petite histoire, Edward F. Domino supervisa, dans une ambiance que je me plais à imaginer un peu thanatonautes, la première administration de kétamine à un être humain en 1965, en l’occurrence, choisi parmi des prisonniers volontaires. Bien peu savent que c’est sa propre femme qui fut à l’origine de l’invention du terme « dissociatif » pour caractériser l’état de conscience si spécifique et un peu étrange provoqué par la kétamine. Lui-même l’a révélé récemment dans un article d’anthologie de la prestigieuse revue Anesthesiology.




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