Art

Maris et femmes

Posté le 01 Juin 2016
Tags : Théâtre, cinéma, Woody Allen, comédie, psychanalyse

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Du grand Woody,
et selon vos préférences, au théâtre ou au cinéma,
ou les deux, après tout...

De la comédie, du Jazz, encore de la comédie, toujours de la comédie, et une pincée de nostalgie avec une pointe d'acidité - juste assez pour échapper à la complaisance douceâtre.

L'humour Allenien, aigu, distancié, bienveillant, teinté de psychanalyse narquoise : la vie n'a aucun sens, mais vaut la peine d'être vécue.

On se régale.

Catharsis (Les ogres)

Posté le 04 Avril 2016
Tags : Cinéma, les enfants terribles, Palo Alto, émotion, psychothérapie familiale

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Alors que les bourgeons explosent en une éruption dont la simultanéité verte étonne,
sort sur les écrans le troisième film de la jeune toulousaine Léa Fehner nommée au César du meilleur premier film en 2010. Les critiques prêtent à cet ofni des accents de Kusturica, voire de Fellini (comment ne pas penser à la Strada ?).

j’y ai trouvé pour ma part une explosion roborative d’émotions contradictoires, de grandeur et de bassesse, d’amour et de haine, de finesse et de vulgarité, un débordement d’hormones juvéniles, et l’illustration parfaite de la psychothérapie familiale.

Au début de l’intrigue, les personnages nous font regretter l’étroitesse de notre existence petit-bourgeoise, tant la fraicheur du monde qu’ils se sont construit parait parée pour le paradis.
Ce ne sont que débordements de joie, de spontanéité, voire d’extase.

La suite nous chasse du paradis terrestre : ces démonstrations hystériformes de bonheur recouvrent la difficulté d’une vie errante sans intimité, sous l’autorité tyrannique d’un patriarche ambivalent qui fait taire les souffrances anciennes pour que chaque soir l’exigence de la piste reprenne ses droits.

Les sentiments, exacerbés, tapis dans l’ombre d’anciennes rancunes et de douleurs inexpiées, reviendront malgré toutes les tentatives de les étouffer, à la lumière du chapiteau, sous l’œil implacable de monsieur déloyal.

Laissons la poétique phraséologie du thème principal de la BO, qui rappellent les textes écrits il y a plusieurs décennies par les enfants terribles, exprimer mieux que moi les attentes, la liberté et la fragilité de ces enfants de la balle :

Je tapisse mes lèvres
d’obscènes offrandes
J’enfourche le crépuscule
et tourne dans l’autre sens
Je ne suis fait pour rien, vraiment
Et le monde est en moi
Je ne transmets rien, vraiment,
Et le monde me comprend.

Une femme,
une femme à sa fenêtre réclame,
Rebelle dans son être,
De l’âme
Que souffle la tempête
De l’âme
Que souffle la tempête.

laïlala la laïlala lalalala laïlala laïlala
laïlala la laïlalala lalala laïlala laï lalala

J’abandonne mes rêves
Je reste une demande
Fidèle renoncule
Je croule sous le sens
Je ne veux rien vraiment
Et c’est une exigence
De n’être rien vraiment,
C’est peut être une chance...



Le choix

Posté le 02 Mars 2016
Tags : Cinéma, Choix, destin, loyauté

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Vent d'Est, vent d'Ouest,
vous aussi, vous aurez le choix
...ou pas)

mais je vous recommande de voir au moins l'un de ces deux chefs-d’œuvre
qui chacun à sa façon parle d'un choix assumé qui va bouleverser une existence
et de la fidélité à soi même, en dépit des conséquences.

Antithèse

Posté le 30 Mai 2015
Tags : Cinéma, Mad Max, Vincent Lindon, violence, société, SF

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Quel spectateur serez vous ?

Mad Max fury road vous sert une course poursuite haute en couleurs, dopée en vitamines. On ne se fait guère de nœuds au cerveau, mais l'action, époustouflante, ne laisse aucun répit, dans un orange et somptueux décor désertique. Côté mise en scène et photographie, MM4 laisse l'opus 1 loin derrière. Les scènes gothiques semblent extraites d'une double page de Druillet, les maquillages et les costumes sont dignes de Jean Paul Gauthier. Vous l'avez compris, ce n'est pas du Bergman, mais on ne s'ennuie pas une seconde.

La loi du marché en est le contrepoint exact. Vincent Lindon sacré - à Cannes - pour la première fois de sa carrière, y est encore plus "down" que dans "Pour elle". Filmé en caméra subjective, le film de Stéphane Brizé est surprenant : image tremblée, cadrage incertain, mise au point hésitante, appesantissement sur les silences : la mise en scène met tout en œuvre pour laisser un malaise s'installer presque jusqu'à l'étouffement, dont seuls nous sauvent les moments de tendresse familiale autour du fils infirme (emprunt à "Breaking bad" ?) et de solidarité conjugale. Un réquisitoire sur une société devenue aussi impitoyable envers les faibles et les fragiles que celle de Max.

Sauf que là, c'est la vraie vie.

A la vie

Posté le 06 Décembre 2014
Tags : Cinéma, shoah, résilience

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Si la baisse automnale de luminosité vous affecte, si vos poches ne suffisent pas à réchauffer vos mains glacées, si les dernières horreurs perpétrées par vos frères humains vous préoccupent, entrez dans une salle de cinéma et courez voir "à la vie" de Jean-Jacques Zilbermann.

Le film commence effectivement dans la grisaille, la nuit et le brouillard, les monceaux de cadavres et la terreur. L'horreur de la marche de la mort, dans la neige et le froid glacial, l'absence abyssale de pitié des SS.

15 ans plus tard, 3 survivantes (Julie Depardieu, Johanna ter Steege, Suzanne Clément) qui s'étaient rencontrées, adolescentes, à Auschwitz, se retrouvent à Berck Plage. Comme tous les anciens déportés, elles trainent avec elle, consciente ou non, la culpabilité d'avoir survécu et le poids de l'indicible. Comme l'une le dit à l'autre : " N'en n'as tu pas assez d'assurer le service après - vente d'Auschwitz ? "

Ces quelques jours vont être l'occasion pour la brune, la rousse et la blonde (on retrouve le charismatique trio formé par les sorcières d'Eastwick), d'une catharsis qui va les accoucher de la mort vers la renaissance. Point de pathos, mais la luminance de femmes qui s'aiment, se comprennent, se donnent l'absolution et la permission de vivre enfin. Elles qui ont laissé leur jeunesse dans les camps, doivent apprendre à faire le deuil de ce qui ne pourra être expié et réapprendre à être femmes. Les chants Yiddish de la bande sonore magnifient la photographie. L'émotion est contenue, pudique, en tension avec un humour tendre, heureusement éloigné du cynisme inhérent à ce qui a été désigné par les déportés eux-mêmes comme "l'humour des chambres à gaz", ultime tentative de résilience face à l'absurdité.

Allez voir "A la vie", vous en sortirez rechargés de lumière et d'optimisme, assez pour vous chauffer le cœur à la manière d'un grand soleil.

Un mariage et un enterrement

Posté le 11 Novembre 2014
Tags : Cinéma, Lars von Trier, passion, Gethsémani, pharisiens, certitudes, illumination

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Arte consacre un cycle au sulfureux danois.

Avec Breaking the Waves, Emily Watson illumine le chemin de croix : doute, passion et sacrifice.

Dans cette parabole violente et terrible, Lars von Trier percute la bonne conscience des cœurs de pierre qui prétendent condamner la femme de mauvaise vie.

Heureux les simples d'esprit, car ils verront Dieu proclame l'évangile. Bess incarne l'amour inconditionnel et la primauté de l'illumination sur la vertu. Agneau parmi les loups, elle s'avance au devant du sacrifice suprême. Contre toute attente, ce que chacun - spectateur en premier lieu - prend pour de la superstition, comme le médecin qui incarne doute et crainte de l'irrationnel, se révèlera ultimement être le pouvoir transcendant de la foi.

Cette jeune femme fragile, aux yeux d'une communauté confite dans ses certitudes et ses tabous, rappelle en effet dans son dialogue avec Dieu, le héros de psychose. Il faudra qu'elle connaisse le martyre pour que sa propre mère consente à la reconnaitre. Les enfants du village eux-mêmes, déjà corrompus par la lettre de la loi, la condamnent à la lapidation.

Les plus a plaindre (Père, pardonnez-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font) sont les hommes, qui la manipulent, l'utilisent, la brutalisent et finissent par la tuer, corbeaux horribles qui se condamnent eux-mêmes lorsqu'ils prononcent au bord de la tombe son excommunication : on pense aux mots de Léonard Cohen : il a coulé sous votre sagesse comme une pierre...

Bess aussi connait son Gethsémani : sous le couteau du sacrificateur, elle recule au dernier moment. Comprenant pourtant que son sacrifice seul pourra fléchir la déité, elle finit par faire le don total d'elle même et provoque le miracle. A leur insu, les pharisiens n'enterreront que du sable, son amour Jan connait la rédemption et le film s'achève sur le pied de nez final en forme d'assomption dans le tintement des cloches dont les ministres du culte prétendaient pouvoir se passer pour honorer leur Dieu.
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