Art

Parenthèse chinoise à la fondation Louis Vuitton

Posté le 30 Juillet 2016
Tags : Paris, Art, Chine, Architecture, Est, Ouest, maoïsme, Bouddhisme, symbolisme

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Embarquement pour la Chine à la fondation Louis Vuitton, dont la voilure gonflée (revisitée par Buren) me fait irrésistiblement songer au navire fantastique des six voyages de Lone Sloane.

Au fil des couloirs et des salles de cet espace aérien, lumineux, tortueux et labyrinthique, on découvre les œuvres symboliques d'artistes chinois modernes marqués par le carambolage humain et spirituel de l'Est et de l'Ouest.

Un bouddha nostalgiquement échoué sur une grève, la tête de l'artiste en guerrier impérial ouverte comme une boite de conserve, un autre bouddha revêtu des couleurs de l'étendard LGBT, l'immense panorama d'un chantier de la désastreuse révolution culturelle, dont les nuances de gris sont la cendre de millions de bâtons d'encens. Un film projeté dans l'espace d'un écran tridimensionnel, mêlant passé et avenir, présent et onirisme, et l’impressionnante et improbable collision d'un bouddha encore et d'une victoire de Samothrace renversée.

Tradition spirituelle et cicatrices du maoïsme forment la chair de cette création emplie, comme l'empire du milieu, de douleur et d'inattendu.

Lorenzo Mattotti à la galerie Martel

Posté le 23 Mai 2014
Tags : Lorenzo Mattotti, Vietnam, couleur, Galerie Martel, Paris, Bande dessinée, Art

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Mattotti, le romantique auteur de "Feux" a encore frappé !

Découvrez d'urgence dans cette galerie blanche, belle et toute simple, un ensemble d'œuvres lumineuses, jouissives, éclatantes ou intimistes, où le génie des matières et des couleurs, si caractéristique de son art, rend hommage à l'attachante atmosphère du Vietnam : le vert éclatant des rizières, celui, plus sombre, des pains de sucre de la baie d'Halong, le rouge des temples et des boiseries, l'orange des murs ou des tissus, le noir et le blanc de contre-jours qui exaltent le duel de l'ombre et de la lumière. Les teintes se mêlent dans d'amoureux débordements d'encres, ou se dressent les unes contre les autres dans des oppositions violentes et passionnées; le trait ondule et roule, et moule la concavité des nuages ou la sensualité des paysages en terrasses superposées. Le petit peuple vietnamien croqué dans ses attitudes quotidiennes, rappelle les gestes séculaires et bientôt oubliés d'un continent en pleine mutation.

Comme il l'avait fait pour la Sérénissime, Lorenzo Mattotti capture la poésie et l'âme des endroits et des gens, et nous communique le frisson du "fernweh", cette nostalgie des pays lointains.

Typo - graphie

Posté le 10 Mars 2014
Tags : Art, typographie, graphisme, graffiti, murs, Paris

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J'abhorre certes la pub dans ma boite aux lettres, mais contrairement aux opposants acharnés à la pub sur les murs ou aux graffitis (de génie), la contemplation des murs parisiens ou autres est souvent pour moi un régal. Ces derniers jours, j'ai flashé sur trois affiches talentueuses mêlant typo ou graphisme et message subliminal. Étonnant, non ?

Le musée en herbe expose Hundertwasser

Posté le 03 Décembre 2013
Tags : Hundertwasser, art, peinture, nature, couleur, spirale, écologie, Paris

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Autrichien, de son vrai nom Friedrich Stowasser, ce grand voyageur né à Vienne le 15 décembre 1928 et mort le 19 février 2000 à bord du Queen Elizabeth 2, fut peintre, architecte, humaniste. S'étant rebaptisé « le royaume de la paix aux cent eaux », amoureux des arbres, de la nature et de la pluie, il repensa le monde en écologiste avant l'heure. Artiste unique, chantre de l'asymétrie, de la spirale et de la ligne courbe, maitre des formes et des couleurs, il invente des concepts comme celui des peaux successives de l'être humain, des arbres locataires, des murs végétalisés, de la médecine de l'architecture.

L'exposition, à hauteur d'enfant, du musée en herbe montre des peintures (il ne s'agit pas à proprement parler de "toiles"), des timbres, des affiches, des maquettes de ses réalisations architecturales à Vienne, et de splendides gravures dont certaines furent réalisées à Kyoto selon les techniques de la gravure japonaise sur bois. On y découvre qu'il aimait peindre à plat, parfois nu, qu'il fabriquait des pigments et utilisait des toilettes écologiques.

« Le véritable analphabétisme n'est pas dans l'incapacité de lire et d'écrire, mais dans l'inaptitude à créer. »

Plus vrai que vrai ou Faux-Semblants ?

Posté le 21 Septembre 2013
Tags : Ron Mueck, sculpture, Paris, psychanalyse, Dali, Faux semblants

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Plus aucune excuse pour rater l'expo Ron Mueck à la Fondation Cartier : elle est prolongée
jusqu'au 27 octobre ! Prévoyez un billet coupe - file, la queue s'étirait sur 100 mètres aujourd'hui.

De loin, tout à l'air calme et serein : le jeune couple qui se tient côte à côte, le vieux couple qui lézarde sous un parasol, l'ado afro-américain qui soulève sont tee-shirt, l'homme bronzé qui dérive sous le soleil exactement, montre de luxe au poignet, étendu sur un matelas pneumatique, jusqu'au poulet accroché qui attend lui aussi de rôtir.

Comme souvent, à y regarder de plus près (mais pas trop quand même : les œuvres du maitre, qu'on n'est d'ailleurs pas sensé pouvoir photographier - alors que la toile déborde de photos de face, de profil, de gros plans, quand on tape "Ron Mueck" sur google - sont entourées d'un périmètre de sécurité, tout à fait symbolique, ne serait-ce les cerbères qui gardent cette succursale de l'Hadès.

à y regarder de plus près, donc, un imperceptible (et progressif) glissement s'opère, un indicible malaise s'installe, une émotion presque malsaine vous envahit.

La façon dont le couple se tient par le bras, lorsqu'on l'observe de dos, n'est pas vraiment apaisante, le couple sur la plage est démesurément avachi, la carnation livide, couperosée, parcourue d'un lacis veineux, de rides et de plis évoque irrésistiblement la vraie vie, celle, loin des standards hollywoodiens ou des magazines de charme, qui est vouée à se faner et à se corrompre.

On s'aperçoit alors que le matelas pneumatique dressé fait de l'homme étendu un crucifié, que précisément l'ado afro-américain dévoile la plaie du flanc droit infligée par la lance sur le Golgotha, et que les pattes du poulet, immense, qui nous surplombe, évoquent les mains d'un supplicié.

Un film de 52 minutes montre l'artiste dans son atelier, non sans quelques clins d'œil, comme un membre qui sort d'une poubelle ou le ratage d'un œil qui se transforme en œuf à la coque.

On l'a compris, ces fantastiques sculptures hyperréalistes qui jouent sur les plus fins détails et sur les anomalies d'échelle (géantes ou réduites), interpellent bien davantage encore qu'elles n'impressionnent. La psychanalyse rode.

En sortant, pour vous détendre, mais rester dans une éclectique ambiance artistique, allez déguster les produits du terroir et le Beaumes de Venise de "la mère agitée" (l'antidote du "père tranquille"), c'est juste à côté, un endroit que n'aurait pas désavoué Théodore Sturgeon.




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