Art

Antithèse

Posté le 30 Mai 2015
Tags : Cinéma, Mad Max, Vincent Lindon, violence, société, SF

Cliquez sur l'image pour l'afficher en taille réelle


Quel spectateur serez vous ?

Mad Max fury road vous sert une course poursuite haute en couleurs, dopée en vitamines. On ne se fait guère de nœuds au cerveau, mais l'action, époustouflante, ne laisse aucun répit, dans un orange et somptueux décor désertique. Côté mise en scène et photographie, MM4 laisse l'opus 1 loin derrière. Les scènes gothiques semblent extraites d'une double page de Druillet, les maquillages et les costumes sont dignes de Jean Paul Gauthier. Vous l'avez compris, ce n'est pas du Bergman, mais on ne s'ennuie pas une seconde.

La loi du marché en est le contrepoint exact. Vincent Lindon sacré - à Cannes - pour la première fois de sa carrière, y est encore plus "down" que dans "Pour elle". Filmé en caméra subjective, le film de Stéphane Brizé est surprenant : image tremblée, cadrage incertain, mise au point hésitante, appesantissement sur les silences : la mise en scène met tout en œuvre pour laisser un malaise s'installer presque jusqu'à l'étouffement, dont seuls nous sauvent les moments de tendresse familiale autour du fils infirme (emprunt à "Breaking bad" ?) et de solidarité conjugale. Un réquisitoire sur une société devenue aussi impitoyable envers les faibles et les fragiles que celle de Max.

Sauf que là, c'est la vraie vie.

Klimt à la pinacothèque

Posté le 16 Mai 2015
Tags : Klimt, peinture, femme, Vienne, expressionnisme

Cliquez sur l'image pour l'afficher en taille réelle


Ne manquez pas cette splendide exposition à la pinacothèque qui prend fin le 21 juin.

On y admire plusieurs des tableaux célèbres du peintre viennois, connu surtout pour le baiser. Son œuvre, qui exalte le corps d'une femme tantôt fragile, aux formes aiguës et allongées, voire décharnées, tantôt conquérante, au regard sensuel et dominateur, est replacée dans le contexte de la Sécession qui rompit, en cette fin du XIXe siècle, avec l'académisme d'une Vienne alors à l'apogée de son rayonnement intellectuel.

Dans les fresques monumentales qui scandalisent alors, on perçoit la lointaine influence de l’Égypte antique, la naissance de l'art nouveau et les thèmes qui comme ceux, plus tardifs, du Bauhaus, n'en finissent pas d'inspirer notre époque. J'y vois en particulier le lien avec la vision artistique très poétique que développera presque un siècle plus tard un autre viennois dont j'affectionne particulièrement l’œuvre: Hunderwasser.

Klimt est capable de peindre en clair-obscur d'extraordinaires portraits de femmes diaphanes, dont les ors semblent rayonner hors de la toile, et qui n'ont rien à envier à la maitrise de la lumière d'un Rembrandt, mais il choisit d'essentiellement rompre avec ce classicisme pour une vision qui fondera les bases de l'expressionnisme.


Les villes invisibles de Schuiten & Peeters

Posté le 17 Janvier 2015
Tags : Schuiten & Peeters, Babel, ville, architecture, Italo Calvino, Kobo Abe, Paul Auster, BD, littérature,

Cliquez sur l'image pour l'afficher en taille réelle


Le dessinateur François Schuiten et son alter ego l’écrivain et scénariste Benoît Peeters publient "Revoir Paris", un nouvel opus de leur quête des cités obscures.

L’exposition éponyme à la Cité de l’architecture et du patrimoine, qui présente beaucoup de magnifiques pages originales dessinées avec une précision chirurgicale à l'encre de Chine, met en scène les grandes utopies architecturales inspirées par la ville des lumières.

Quel meilleur endroit pour ce projet que l'espace du Trocadéro, tourné vers le ciel et la tour Eiffel ?

Les cités obscures nous entrainent dans les dédales du mythe de Babel, cet orgueilleux élan de l'humanité vers des hauteurs inaccessibles, qui parfois se muent en gouffres infranchissables.

En sortant de l'exposition, on a envie de relire "les villes invisibles" d'Italo Calvino, "Cité de Verre" de Paul Auster, ou encore "le plan déchiqueté" de Kobo Abe : autant d'œuvres où l'imaginaire de l'espace urbain répond aux aspirations, aux fantasmes et aux angoisses de l'Homme.

A la vie

Posté le 06 Décembre 2014
Tags : Cinéma, shoah, résilience

Cliquez sur l'image pour l'afficher en taille réelle


Si la baisse automnale de luminosité vous affecte, si vos poches ne suffisent pas à réchauffer vos mains glacées, si les dernières horreurs perpétrées par vos frères humains vous préoccupent, entrez dans une salle de cinéma et courez voir "à la vie" de Jean-Jacques Zilbermann.

Le film commence effectivement dans la grisaille, la nuit et le brouillard, les monceaux de cadavres et la terreur. L'horreur de la marche de la mort, dans la neige et le froid glacial, l'absence abyssale de pitié des SS.

15 ans plus tard, 3 survivantes (Julie Depardieu, Johanna ter Steege, Suzanne Clément) qui s'étaient rencontrées, adolescentes, à Auschwitz, se retrouvent à Berck Plage. Comme tous les anciens déportés, elles trainent avec elle, consciente ou non, la culpabilité d'avoir survécu et le poids de l'indicible. Comme l'une le dit à l'autre : " N'en n'as tu pas assez d'assurer le service après - vente d'Auschwitz ? "

Ces quelques jours vont être l'occasion pour la brune, la rousse et la blonde (on retrouve le charismatique trio formé par les sorcières d'Eastwick), d'une catharsis qui va les accoucher de la mort vers la renaissance. Point de pathos, mais la luminance de femmes qui s'aiment, se comprennent, se donnent l'absolution et la permission de vivre enfin. Elles qui ont laissé leur jeunesse dans les camps, doivent apprendre à faire le deuil de ce qui ne pourra être expié et réapprendre à être femmes. Les chants Yiddish de la bande sonore magnifient la photographie. L'émotion est contenue, pudique, en tension avec un humour tendre, heureusement éloigné du cynisme inhérent à ce qui a été désigné par les déportés eux-mêmes comme "l'humour des chambres à gaz", ultime tentative de résilience face à l'absurdité.

Allez voir "A la vie", vous en sortirez rechargés de lumière et d'optimisme, assez pour vous chauffer le cœur à la manière d'un grand soleil.

Un mariage et un enterrement

Posté le 11 Novembre 2014
Tags : Cinéma, Lars von Trier, passion, Gethsémani, pharisiens, certitudes, illumination

Cliquez sur l'image pour l'afficher en taille réelle


Arte consacre un cycle au sulfureux danois.

Avec Breaking the Waves, Emily Watson illumine le chemin de croix : doute, passion et sacrifice.

Dans cette parabole violente et terrible, Lars von Trier percute la bonne conscience des cœurs de pierre qui prétendent condamner la femme de mauvaise vie.

Heureux les simples d'esprit, car ils verront Dieu proclame l'évangile. Bess incarne l'amour inconditionnel et la primauté de l'illumination sur la vertu. Agneau parmi les loups, elle s'avance au devant du sacrifice suprême. Contre toute attente, ce que chacun - spectateur en premier lieu - prend pour de la superstition, comme le médecin qui incarne doute et crainte de l'irrationnel, se révèlera ultimement être le pouvoir transcendant de la foi.

Cette jeune femme fragile, aux yeux d'une communauté confite dans ses certitudes et ses tabous, rappelle en effet dans son dialogue avec Dieu, le héros de psychose. Il faudra qu'elle connaisse le martyre pour que sa propre mère consente à la reconnaitre. Les enfants du village eux-mêmes, déjà corrompus par la lettre de la loi, la condamnent à la lapidation.

Les plus a plaindre (Père, pardonnez-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font) sont les hommes, qui la manipulent, l'utilisent, la brutalisent et finissent par la tuer, corbeaux horribles qui se condamnent eux-mêmes lorsqu'ils prononcent au bord de la tombe son excommunication : on pense aux mots de Léonard Cohen : il a coulé sous votre sagesse comme une pierre...

Bess aussi connait son Gethsémani : sous le couteau du sacrificateur, elle recule au dernier moment. Comprenant pourtant que son sacrifice seul pourra fléchir la déité, elle finit par faire le don total d'elle même et provoque le miracle. A leur insu, les pharisiens n'enterreront que du sable, son amour Jan connait la rédemption et le film s'achève sur le pied de nez final en forme d'assomption dans le tintement des cloches dont les ministres du culte prétendaient pouvoir se passer pour honorer leur Dieu.

Lorenzo Mattotti à la galerie Martel

Posté le 23 Mai 2014
Tags : Lorenzo Mattotti, Vietnam, couleur, Galerie Martel, Paris, Bande dessinée, Art

Cliquez sur l'image pour l'afficher en taille réelle


Mattotti, le romantique auteur de "Feux" a encore frappé !

Découvrez d'urgence dans cette galerie blanche, belle et toute simple, un ensemble d'œuvres lumineuses, jouissives, éclatantes ou intimistes, où le génie des matières et des couleurs, si caractéristique de son art, rend hommage à l'attachante atmosphère du Vietnam : le vert éclatant des rizières, celui, plus sombre, des pains de sucre de la baie d'Halong, le rouge des temples et des boiseries, l'orange des murs ou des tissus, le noir et le blanc de contre-jours qui exaltent le duel de l'ombre et de la lumière. Les teintes se mêlent dans d'amoureux débordements d'encres, ou se dressent les unes contre les autres dans des oppositions violentes et passionnées; le trait ondule et roule, et moule la concavité des nuages ou la sensualité des paysages en terrasses superposées. Le petit peuple vietnamien croqué dans ses attitudes quotidiennes, rappelle les gestes séculaires et bientôt oubliés d'un continent en pleine mutation.

Comme il l'avait fait pour la Sérénissime, Lorenzo Mattotti capture la poésie et l'âme des endroits et des gens, et nous communique le frisson du "fernweh", cette nostalgie des pays lointains.

 1 2 3 4
Liens